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L’année du Centenaire de la Grande Guerre avait commencé par un concert. Elle s’est achevée par un autre concert, à Aiseau.

Ils sont sur les rotules mais heureux d’avoir pu offrir une telle diversité d’hommages et d’évocations du début de la Grande Guerre. Ils ont rappelé avec force détail et émotion l’été meurtrier en Basse-Sambre, dans les blés à peine coupés. En mode majeur, il y a eu des reconstitutions de batailles, des sons et lumières, des dépôts de gerbes bien sûr, certains internationaux, qui ont culminé à la nécropole de la Belle Motte. En mode mineur, il y a eu un colloque, des lectures et des expositions et même une s séance de cinéma.

L’ASBL «Centenaire 14-18 en Val de Sambre» avait débuté son programme ambitieux par un concert. C’était sur le kiosque de Fosses-la-Ville, fin septembre 2013. Elle l’a conclu de la même façon, en musique. C’était samedi dernier, en l’église Sainte-Marie d’Oignies, à Aiseau-Presles. Deux prestations éclatantes pour un seul orchestre: l’ensemble instrumental Votano.

Celui-ci a exécuté un répertoire d’inspiration militaire, sous la brillante direction de Giovani Votano, ce chef de musique né dans ce quartier d’Oignies, fils d’un humble mineur calabrais émigré.

Le président de l’ASBL Marcel Dargent, qui a donc refermé le grand-livre de cette année exceptionnelle, a rendu hommage à ce musicien de cœur et d’âme.

La musique, encore et toujours. Le webmaster de l’Ensemble instrumental, André Antoine, a rappelé combien les musiciens-soldats ont soutenu le moral de leurs camarades embourbés, réduits à l’horreur d’une guerre de tranchées après avoir enduré le choc d’une puissance de feu inédite et dévastatrice.

Une petite porte de rêve

Dans la guerre, la musique est l’amie de tous. Quand elle sème ses notes joyeuses, tout s’apaise, tout s’adoucit. L’auditeur se tait, songe méditativement, s’évade où il fait toujours beau et bon. «Durant le conflit 14-18, a poursuivi l’orateur, le musicien n’est pas seulement l’animateur qui possède un instrument et qui sait magiquement en jouer: il devient aussi celui qui, par sa seule activité, peut déclencher les ressorts de l’évasion contre l’horreur, la mort, les tripes, la cervelle, la boue et les rats ». Par le truchement de quelques notes, le musicien peut ouvrir une petite porte de rêve, sur laquelle chaque soldat a par avance rivé ses yeux désespérés. Alors, pendant un instant, la musique offre l’innocence du défoulement et fait oublier l’horreur. Voilà pourquoi celui qui offre ce havre à ses copains a d’autant plus droit à une place privilégiée sur les photographies. Dans cette petite église de Sainte-Marie, aux nombreuses chaises occupées, la musique a retenti du milieu d’un cercle de saints et de saintes accrochés aux murs. Elle a fusé avec grâce et espérance.

Avant l’interprétation d’un morceau de Vangelis, Conquest of paradise, l’orateur a établi un lien entre le flux et le reflux des caravelles parties à la conquête des mers et celui de ces soldats partant à l’assaut d’une position ennemie, à travers les balles sifflantes, sans certitude aucune d’en réchapper. Avec même beaucoup de chance d’y laisser sa peau. La solennité de ce morceau a résonné entre deux marches plus entraînantes censées galvaniser les hommes au combat fratricide.

Le centenaire 1914-2014 qui s’est achevé en Basse-Sambre, et qui a mobilisé tant d’énergies bénévoles, restera dans les mémoires comme un événement majeur ayant célébré la paix. De toutes les façons, amplement, au long de toute une année. On peut leur dire sincèrement bravo